



Ça pourrait être le titre d'une des bandes dessinées de
Buck Danny, une bande dessinée française d'intrigues et d'espionnage se déroulant dans le monde de l'aviation, c'est pourquoi je me suis amusé à faire une fausse couverture avec une des photos.
Non, le projet
Bolingbroke est un projet de restauration d'un bombardier de la 2ième guerre mondiale auquel je participe en tant que photographe. Cette restauration se fait dans une vieille grange ancestrale, à Ste-Anne-de-Bellevue, à la pointe ouest de l'île de Montréal. La grange, une des rares en pierre, est située sur le campus de la faculté d'agriculture de l'université McGill. Pourquoi un bombardier dans une grange en pleine campagne montréalaise ? C'est une belle histoire. Cette grange appartient au centre canadien du patrimoine aéronautique (
CCPA), un organisme sans but lucratif qui rénove et expose des avions qui ont marqué l'histoire de l'aviation canadienne. On prévoit y ouvrir un ¨musée-atelier¨ au mois de mai 2009 où les gens pourront voir des avions complétés mais aussi admirer le travail des bénévoles autour d'avions en diverses phases de rénovation. La grange a été loué par l'université à la condition qu'elle fût rénovée et entretenu. Ce fût chose faite par un ¨mordu de l'aviation¨ dont le père et lui furent tour à tour directeur de l'usine d'avions Fairchild à Longueuil, usine qui fût, pendant la 2ième guerre mondiale, une ¨usine satellite¨ de celles en Angleterre et qui participait à l'effort de guerre en construisant le Bolingbroke, un bombardier bi-moteur, version canadienne du Bristol
Blenheim. Le Blenheim réalisa le premier bombardement allié contre l'Allemagne le lendemain de l'entrée en guerre de l'Angleterre en 1939. Malhereusement, conçu entre les deux guerres, ce bombardier ne fit pas long feu dans le ciel de l'Europe car il n'était pas de taille contre les puissants chasseurs de la Luftwaffe. Il fût vite remplacé par des bombardiers plus puissants, plus gros et mieux armés (
les forteresses volantes) et relégué à des missions moins importantes ou pour l'entrainement.
Le Bolingbroke, ou
Blenheim Mk IV, est facilement reconnaissable par son nez allongé et ¨pucké¨sur le côté gauche, laissant croire qu'il a embouti un chasseur allemand lors d'une mission :) C'est plutôt une modification nécessaire pour améliorer le champ de vision du pilote lors des atterrissages. Sa construction, en version canadienne, débute en 1937. La dernière version (Mk IVF) fût construire entre 1942 et 1943 à l'usine
Fairchild de Longueuil mais à cause de ses limitations, le Mk IV fût principalement utilisé pour l'entrainement et pour tracter des cibles volantes, il était alors peint
jaune canari, histoire d'éviter de fâcheuses situations d'erreur sur la cible.
Il ne reste que 13 exemplaires de cet avion dans des musées à travers le monde dont un en
état de vol.Le bolingbroke du musée CCPA (un Mk IVTrainer) a été acheté d'un musée en Colombie-britannique où il était
en partiel abandon à l'extérieur du musée. Son ¨démontage¨pour le transporter par la route à Montréal pris vite les allures d'une scène de torture médiévale où les principaux morceaux furent arrachés par un tracteur. Arrivée à Montréal, on l'entreposa à l'extérieur sur le terrain de l'aéroport de St-Hubert (sa première maison), là encore à la merci des intempéries et des vandales qui l'utilisèrent comme cible à arbalette ! Finalement, le dinosaure (car je trouve qu'il ressemble à un T-rex) a été
transferé dans la grange-musée où il est complet (mais en pièces détachées) à 30%. Une petite équipe de bénévoles s'activent autour de l'oiseau blessé pour le restaurer à l'état de présentation (au moins 16,000 h de travail seront nécessaires). La priorité est la restauration du nez (quel nez ! C'est un roc! C'est un pic!...), tellement représentative de l'avion. En finissant le nez et la cabine de pilotage, les visiteurs pourront s'y asseoir et ¨jouer avec les boutons¨.
Une grande part du travail est aussi de trouver les morceaux manquants en contactant d'autres musées ou divers collectionneurs privés. Le temps presse car la plupart des bénévoles sont d'anciens employés de la Fairchild, des mécaniciens de la RCAF (Royal Canadian Air Force) et il y a même un pilote de la RAF (Royal Air Force). Va sans dire que la moyenne d'âge est plutôt élevée (de 75 à 86 ans) et il est difficile de savoir qui prendra la relève quand ces gens-là prendront leur ¨dernier vol¨. C'est là que votre humble serviteur rentre en scène pour photographier le projet afin d'en améliorer la visibilité (par une nouvelle page web plus moderne) et encourager l'apport de nouveaux bénévoles. Moi même j'avoue sentir une affinité grandissante pour la ¨bête¨qui hiberne dans sa tanière et à chaque fois que je la vois, je crois entendre une faible respiration sortir de ses entrailles. Patience, patience....