dimanche 31 mai 2009

Ana-Maria Noriega de Melgar 1915-2009



Ana-Maria Melgar 1915-2009 from Jean-Charles Hubert on Vimeo.


My mexican grand parents from Jean-Charles Hubert on Vimeo.

J'avais pensé au début ne pas publier ce texte, garder tout çà pour moi, par pudeur, puis mon frère m'a envoyé des photos de ma grand-mère sur son lit de mort et j'ai décidé que ce n'était pas la dernière image que je voulais garder de ma grand-mère. J'ai donc pris les quelques photos que j'ai d'elle et quelques unes de mon grand-père, décédé à 93 ans l'an dernier, pour en faire un montage sur la musique de mon film préféré: Cinema Paradiso. Le diaporama commence par la photo hommage qui accompagnait  le texte que j'avais fait sur mon grand-père.
 En fouillant dans mon ordinateur, j'ai aussi trouvé le seul vidéoclip que j'ai de mes grands-parents.

A ma grand-mère,

Ma grand-mère maternelle, Mama-ita comme on l'appellait affectuesement, est décédée la semaine dernière, une semaine jour pour jour avant d'atteindre son 94ième anniversaire. Ma mère qui était sur place me l'a annoncé au téléphone comme suit: ¨Se fué como un pajarito en mis manos - Elle est partie comme un petit oiseau dans mes mains¨.
Née dans le petit village d' Ometepec, dans l'état de Guerrero au Mexique, d'un père presque inconnu, il mourra quand elle avait 5 ans, elle fût élévée par sa mère Rosa Trani (d'origine italienne). Toujours coquette, elle était considéré comme une des ¨fleurs du village¨ et elle était courtisée par plusieurs prétendants, même un général de l'armée qu'elle chassa du revers de la main car elle savait bien que les militaires ne pratiquaient pas juste le tir au fusil quand ils étaient mobilisés. Elle choisit finalement un jeune grand moustachu, les cheveux gominés à la Clark Gable. L'amour était plus fort que tout et ça lui importé peu que mon grand-père n'avait que 20 pesos dans ses poches, le jour de ses noces. Elle voyait bien que c'était un honnête homme et un grand travailleur. Ils démenagèrent chez de la famille à Mexico, le temps que Roberto puisse ramasser assez de sous pour ouvrir un commerce. 
C'était l'après-guerre, y'avait de la joie dans l'air, la société des loisirs prenait de l'ampleur et les gens voulaient profiter de la vie, s'amuser et partir en vacances. Les gringos (les Américains) avaient découvert dans une baie aux eaux tranquilles et à l'abri des courants du Pacifique, un semblant de Côte d'Azur à quelques heures de vol de Hollywood. Ce petit village de pêcheurs, c'était Acapulco. A-CA-PUL-CO, sitôt pronnoncé, c'était la ruée vers ce nouvel eldorado touristique. Attirés par des emplois dans le tourisme, les Mexicains arrivaient en grand nombre et avec eux bourgeonnaient toutes sortes de commerces, légaux ou illégaux. Mon grand-père, flaira la bonne affaire: il y a de plus en plus de monde à Acapulco, donc de plus en plus de voitures,de taxis, de camions et d'autobus dans les petites rues accidentées d'Acapulco, donc de plus en plus de réparations seront nécessaires et les pièces pour réparer les autos, faut bien qu'elles viennent de quelque part. Alors il décida d'ouvrir une quincaillerie de pièces d'auto (una refaccionaria): La Refaccionaria Melgar, d'abord près du Zocalo (la place du marché), puis sur l'avenue Cuauhtemoc (la grande avenue populaire parallèle à l'avenue des grands hotels). Mon grand-père avait aussi inventé un système de réparation ¨artisanal mais efficace¨du système hydraulique des voitures: ses Chicotes qui firent sa réputation dans toute la baie. 
Mais ma grand-mère fût en grande partie responsable de sa réussite. Ma grand-mère, qui n'avait pas fini son secondaire, avait quand même la bosse des affaires et son grand don, c'était sa jasette et son honnête simplicité. Partout où elle allait, elle parlait avec tout le monde, de tout et de rien, elle faisait sourire tout le monde en racontant ses histoires à grands coups de gestuelles. Tout le monde à Acapulco la connaissait tout simplement comme Mme Anita et elle était invitée à toutes les fêtes mondaines et elle se retrouvait photographiée dans le journal avec les vedettes de l'heure. 
Sa grande fierté, c'était d'avoir élevé elle-même ses 6 enfants (5 filles et 1 garçon) et de tenir une maison propre et une table abondante où tout était toujours délicieux. Il y avait toujours de la visite chez elle, il faut croire qu'on avait une famille très, très , très élargie. Elle eu la chance de voyager dans plusieurs pays, en grande partie grâce à ma mère et son diplomate de mari. Et peu importe la langue du pays, elle arrivait à mettre les gens à l'aise et à les faire rire, la petite fille d'Ometepec brillait toujours dans ses yeux. 
J'ai tellement de bons souvenirs de mes premiers voyages au Mexique. A chaque fois, qu'on allait au Mexique, nous arrivions à la ville de Mexico où mes grands parents nous ramassaient , mon grand père avait une Volkswagen combi blanche avec des sièges en vinyl noir qui nous collaient à la peau, et c'était le grand départ pour Acapulco. Avant la venue de l'autoroute à péage (5 heures de confort), il fallait compter 8 heures de route sinueuse et périlleuse (parsemée de croix aux endroits où le bon Dieu avait momentanément fermés les yeux) et avec des noms aussi évocateur que ¨El Vallé del zopiloté - la vallée du vautour¨. C'était difficile pour 3 enfants turbulants de rester calmes aussi longtemps, malgré les menaces de finir dans le fond du ravin où la nuit, les paysans viendraient nous couper les doigts pour voler nos bijoux. Pour nous garder occupés, ma grand-mère, Mama-(an)ita nous racontait plein d'anecdotes sur son enfance et elle connaissait plein de proverbes et des histoires (riches en leçons de vie) comme celle où une souris finissait sa vie dans la friture par péché de gourmandise. Nous savions que le voyage tirait à sa fin quand, en sortant d'un virage, mon grand-père saluait de la main son ami El indio, l'indien, nom qu'il donna à une formation rocheuse qui avait les traits du visage d'un chef indien. Nous demandions alors une ultime histoire à ma grand-mère et généralement, elle finissait cette dernière histoire avant notre entrée dans le tunnel qui traversait les montagnes pour arriver dans la baie d'Acapulco. Arrivée à la fin de son histoire, elle prononçait toujours cette dernière phrase: ¨Este cuento se ha acabado, colorin colorado - Ce conte est terminé, patati patatra¨ puis on s'engouffrait dans la noirceur, filant en silence, vers la lumière aveuglante.

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